Depuis 2016, le reboisement occupe une place importante dans nos activités pour restaurer les paysages dégradés des Comores. Le constat est alarmant sur l’île d’Anjouan : Il y a plus de quarante ans l’île possédait environ cinquante rivières ; aujourd’hui, seules dix rivières permanentes subsistent. Cette disparition est causée en partie par la perte de près de 80% de sa forêt naturelle, impactant également sur la fertilité des sols à cause de l’érosion.
L’approche menée par Dahari pour ces campagnes de reboisement est participative. Ce sont les agriculteurs(trices) qui choisissent les espèces d’arbres à planter dans leurs champs pour garantir une meilleure appropriation et entretien des arbres. A la suite des ateliers de sélection des arbres organisés dans les villages, les pépiniéristes entrent en jeu pour la production des jeunes arbres. De la collecte des graines de semences, à l’installation des pépinières, à l’entretien et au traitement de plants aux maladies: les pépiniéristes jouent un rôle essentiel dans la réussite des campagnes de reboisement.
30 agriculteurs(trices) formé(es) sur le métier de pépiniéristes
Le travail a commencé en 2015, avec la mise en place de comités de gestion de l’eau qui ont effectué les premiers travaux de production d’arbres dans trois pépinières installées dans les villages d’Outsa, Ouzini et Adda. Ces comités composés d’agriculteurs(trices) et des propriétaires de parcelles avaient pour mission d’assurer la production d’arbres dans le but de reboiser les micro-bassins versants qui alimentent leurs ressources en eau.
Cette approche communautaire a permis d’impliquer directement les populations locales dans les efforts de restauration des terres et de renforcer les compétences locales autour de la production d’arbres. Au fil des années, plusieurs autres pépinières ont été installées dans les villages de Ngandzalé, Jimilimé et Lingoni.
Voici le témoignage de Mr Maoulida Houmadi, agriculteur d’Adda, l’un des premiers pépiniéristes formés pour les travaux : « Depuis les premières activités de Dahari j’ai bénéficié de leur formation sur les techniques d’aménagement des parcelles et j’ai aussi reçu des semences. Ensuite j’ai été intégré dans les travaux de reboisement pour produire les arbres. Ça m’a permis d’avoir une autre source de revenus. Les techniciens de Dahari nous aident à chercher les grains des arbres à planter, ensuite nous préparons l’endroit pour placer les pots et entretenir les arbres. Pour l’entretien, nous utilisons un produit naturel que Dahari nous a montré comment le fabriquer. »
Des visites d’échanges pour renforcer l’apprentissage
Les échanges entre pépiniéristes jouent un rôle important dans l’apprentissage collectif. Des visites d’échange sont régulièrement organisées afin de partager les bonnes pratiques sur l’aménagement des pépinières et l’entretien des plants. Lors d’une visite à Jimilimé, Mohamed Ahamadi, pépiniériste du village de Lingoni, nous a partagé ceci :
« À Lingoni on rencontre souvent des difficultés sur la croissance des plantes. Nous pensions que c’était notre manière de remplir les pots qui faisait défaut. Et nous avons eu raison, car ici à Jimilimé, les pépiniéristes nous recommandent de s’assurer que les pots soient bien verticaux à la fin du remplissage. Cette technique permet aux racines de pousser sans obstacles. Au contraire, si le pot n’est pas droit, les racines ont des difficultés à se développer et la plante meurt. »
Ces moments d’échange permettent aux pépiniéristes d’améliorer progressivement leurs techniques et de mieux faire face aux difficultés rencontrées sur le terrain.
Les pépiniéristes ont également suivi des formations sur la multiplication rapide des arbres fruitiers à travers des techniques comme le greffage et le marcottage appliquées aux manguiers, agrumes, litchis et fruits à pain. Cette technique permet de produire des plants plus rapidement et d’améliorer la qualité des arbres destinés au reboisement et à l’agroforesterie.
Des bilans annuels effectués pour améliorer chaque campagne
Après chaque campagne lancée, nous prenons le temps avec tous les pépiniéristes afin d’observer les résultats obtenus sur la production des arbres. Ce rassemblement est une occasion unique pour les pépiniéristes d’évaluer les résultats des campagnes, identifier les difficultés rencontrées et améliorer les pratiques pour les saisons suivantes.
Sur les 50 000 plants produits et distribués en 2025-2026, 7% sont des espèces endémiques, 37 % d’espèces natives et 55 % d’espèces à croissance rapide et fruitiers. Les pépiniéristes ont soulevé les difficultés liées à la production des espèces endémiques dû à l’indisponibilité de semences, également au manque d’expériences sur la multiplication de certaines espèces.
Anchki Massoundi du village de Ngandzalé, nous parle de la situation : « S’il est difficile de trouver les graines des arbres endémiques, cela veut dire que ces arbres se font rares, la coupe d’arbres continue car ce sont des arbres d’une grande valeur. Par ailleurs, une fois qu’on arrive à trouver certaines graines, la production est compliquée. »
C’est sur ce constat majeur que les pépiniéristes ont mis un accent particulier sur la production des espèces endémiques pour la campagne de reboisement 2027-2028, par un approfondissement de leurs méthodes de multiplication et de conservation des semences pour assurer leur disponibilité à temps.
Dans les campagnes de reboisement nous atteignons un taux de survie de 70 % après un an de plantation, et la bonne qualité des plants produits par les pépiniéristes est clé pour cette réussite.










