Dahari garde la pêche

Dahari garde la pêche

Les associations locales Malezi Mema, Maecha Bora et Fikira Ndjema ont organisé le 13 février dernier leur troisième réouverture de la pêche sur le platier récifal de Vassy en collaboration avec Dahari soutenu par notre partenaire Blue Ventures, attirant plus de 700 pêcheurs de la région venus profiter de l’abondance de poulpes. L’initiative a pris ses racines en 2018 et n’a cessé d’évoluer au fil du temps. Récit.

Ce matin du samedi 13 février 2021, le platier de Vassy est bondé de pêcheurs des villages de la région venus participer à cette pêche miraculeuse un peu particulière. 1630 kilos de poulpes ont été échantillonnés au cours de cette seule journée au lieu d’environ 500 kilos par jour en temps normal. C’est le bilan incroyable des prises que les pêcheurs ont effectué en quelques heures – et seulement de ceux qui ont accepté de faire peser leur butin – alors que l’accès au platier avait été fermé pendant tout juste trois mois.

La première fermeture de la pêche a eu lieu en 2018 et les choses ont bien évolué depuis. Lancées à l’initiative de trois associations locales de pêcheurs et de pêcheuses, leur succès est le reflet d’une collaboration locale qui a réussi à se structurer au fil du temps. Si l’association de pêcheurs à bateau Malezi Mema était déjà active avant le projet, les associations des femmes pêcheuses à pied Maecha Bora et Fikira Ndjema sont nées avec l’appui de Dahari qui intervient dans ces zones depuis 2016. Des visites d’échange à Madagascar en 2017 et à Zanzibar en 2018 ont inspiré les femmes des villages dans la création de la première association communautaire de femmes pêcheuses de l’île : Maecha Bora. C’est au cours de la même année qu’est aussi organisée la première fermeture de pêche à Anjouan.

L’intérêt de fermer l’accès à la pêche aux poulpes pendant trois mois réside dans le fait que cette espèce connait une croissance exponentielle au-delà de deux mois alors qu’ils ne grossissent que très peu lors de leurs premières semaines de vie. Au-delà de ces huit premières semaines de répit nécessaire, ils peuvent doubler leur poids chaque mois. Preuve que la méthode fonctionne : les poulpes pêchés à la réouverture ont en moyenne une masse deux fois plus importante que ceux pêchés avant la fermeture.

Dès lors, les associations locales se sont unies pour améliorer ces initiatives et gagner en efficacité. Si l’interdiction de la pêche au ntsontso (tige de métal qui détruit l’environnement naturel) au profit du mwiri (bâton en bois) a été mise en place dès la première fermeture, la mesure visant à empêcher la pêche des poulpes inférieurs à 500 grammes a été introduite lors de la dernière fermeture. Elle permet de s’assurer que les poulpes sont effectivement arrivés à maturité avant d’être pêchés. Des adaptations ont aussi été réalisées sur la surveillance du site pour assurer le respect des régulations. Désormais ce sont les femmes qui observent le platier en journée, alors que les hommes se chargent de la nuit.

La réussite est tellement au rendez-vous que deux fermetures ont été organisées pour la seule année 2020. La première a eu lieu entre janvier et avril alors que deuxième a connu des ajustements de date pour couvrir la meilleure période de reproduction et la zone a aussi été optimisée. Et ce 13 février, les chiffres ont de nouveau parlé d’eux-mêmes : 4,5 kg de pêche totale en moyenne par pêcheur (soit plus de deux fois une pêche normale), le plus gros poulpe pêché pèse plus de 7,5 kg et un pêcheur a réussi l’exploit de prendre 24 kg de poulpes dans cette seule journée. Les résultats, normalement communiqués aux communautés lors de réunions publiques (impossibles pour cause de Covid), seront partagés via des flyers préparés par Dahari.

L’initiative est même victime de son succès, malgré les efforts des habitants de Vassy, Dzindri, Salamani et Imere pour limiter la communication sur la date de réouverture aux alentours. L’afflux de plus en plus important de pêcheurs venant de villages plus éloignés qui veulent profiter de leurs efforts a un impact sur la durabilité des bénéfices de ces fermetures pour les populations engagées. Des solutions sont à l’étude pour faire en sorte de contrôler ce phénomène et permettre aux villages impliqués de profiter au mieux de leur initiative. Et les co-organisateurs de l’événement ne comptent cependant pas rester là : afin d’intensifier leur engagement dans la protection des ressources marines de la région, une zone de réserve permanente est en cours de mise en place au large de Vassy. Encore une bonne raison de garder la pêche !

Nous remercions nos partenaires financiers sur le volet marine qui nous ont accompagné dans cette aventure : Darwin, TUSK et WWF.