Après la pluie, le beau temps de la reconstruction

Après la pluie, le beau temps de la reconstruction

Plus de deux ans après le passage du cyclone Kenneth sur l’Union des Comores, le travail de reconstruction agricole de Dahari, mené grâce à un financement de l’Union Européenne, porte ses fruits sur Anjouan et la Grande Comore. Découvrez les résultats à mi-parcours du projet « Développement dans l’Union des Comores, d’un modèle agro-écologique productif et résilient au changement climatique » qui a démarré début 2020.

Dans la nuit du 24 au 25 avril 2019, le cyclone Kenneth traversait les Comores avec fracas, faisant six morts, 200 blessés et impactant directement ou indirectement 185 000 personnes, soit plus de 20% de la population. Si plus de 4 800 habitations ont été sévèrement touchées et détruites sur l’ensemble de l’archipel, les conséquences n’en ont pas moins été catastrophiques pour les terres agricoles qui ont été largement ravagées par les vents violents générés par le passage du cyclone dont l’œil est passé à moins de 50 kilomètres au nord de la Grande Comore. Plus de la moitié des plantations ont été touchées à des degrés variables sur Anjouan, mettant en péril la sécurité alimentaire de nombreux villageois.

Dahari n’a alors pas hésité à réagir rapidement dans les premiers jours suivant la catastrophe pour venir en aide aux agriculteurs comoriens en leur proposant des solutions pour relancer leur production au plus vite. C’est grâce à des financements de l’Union Européenne et du Département de la Réunion que nous avons pu agir immédiatement en faveur de plus de 1 800 familles anjouanaises dont les cultures ont été fortement impactées. En collaboration étroite avec le Croissant Rouge Comorien, des semences d’urgence à cycle court (petsaï, carotte, brède mafana ou encore ambérique) ont été distribuées et accompagnées par des formations, alors que la seconde phase consistait à relancer les cultures vivrières (bananiers, manioc et patates douces).

Ensuite Dahari a bâti un projet de reconstruction agricole à moyen-terme financé par l’Union Européenne dès début de 2020. Fin juin 2021, 24 villages d’Anjouan et de la Grande Comore, et plus de 3 200 producteurs ont bénéficié directement de ce programme, dont le fonctionnement tourne autour de trois axes :

En premier lieu, une approche de vulgarisation territorialisée a été mise en place, relayée par  les 191 groupes que Dahari appuie depuis bientôt deux ans. Des techniciens, mobilisateurs et relais communautaires sont réunis en trinômes pour sensibiliser les populations sur les méthodes de production agroécologique tout en adaptant le contenu de l’apprentissage aux besoins locaux spécifiques. Un renforcement de capacités est organisé en parallèle à destination des relais communautaires sur les thèmes de l’animation et de la mobilisation sociale, de l’appui à la planification, et de la gestion des activités de suivi des champs école-paysan. En tant qu’agents de proximité originaires de la zone d’intervention, ils jouent un rôle primordial dans la mobilisation et la communication avec les producteurs du village.

Dans un deuxième temps, la stratégie de production agroécologique proposée par Dahari a été mise en place via trois activités : la préservation de la fertilité des sols au travers la production de compost et la diffusion de techniques de lutte antiérosive, la protection des cultures basée sur la lutte intégrée et la diffusion de plants de qualité sanitaire et variétale par le biais de la vulgarisation des techniques de macro propagation, en particulier  la technique de multiplication PIF pour les bananiers. Cette technique qui permet d’obtenir en moyenne 30 plantules à partir d’une même souche a été appliqué sur 105 germoirs qui ont produit plus de 18 000 plantules pendant la campagne 2020-2021.

Enfin, dans le but d’encourager l’autonomisation des producteurs dans l’approvisionnement de semences, une stratégie de production et de redistribution de plantules de bananiers, manioc et patate douce au sein des groupes a été mise en place. Dans un premier temps, les groupes bénéficient chacun de 10 plantules de bananier par agriculteur, de 150 boutures de manioc et de 60 lianes de patate douce au total. L’année suivante les bénéficiaires ayant reçu des semences et des boutures s’engagent à en redistribuer au moins autant au sein de leur groupe pour les autres membres. Pendant la campagne 2020 -2021, grâce à l’implication des leaders des groupes et des relais communautaires, la production issue des groupes a permis de redistribuer plus de bananier et 35 000 boutures de manioc et patate douce. En parallèle, l’apport régulier de plants de qualité variétale et sanitaire est assuré par la production d’un réseau de pépiniéristes appuyé par Dahari.

Grâce à ces trois volets développés par Dahari sur deux îles de l’archipel, les cultivateurs ont pu combattre les conséquences du passage du cyclone Kenneth, relancer rapidement une agriculture plus efficace et adopter des techniques qui leur assureront une meilleure productivité dans le futur.