Des solutions naturelles pour des pratiques agricoles durables aux Comores

18 août 2026

Depuis les années 1980, l’intensification de la production agricole aux Comores s’est appuyée sur l’utilisation d’engrais et de pesticides chimiques. Ces méthodes accentuent la dégradation des terres, de la biodiversité et présentent des risques pour la santé des populations.

Face à ces défis, notre programme Agroforêts vise une transition agroécologique productive, en incitant les agriculteurs(trices) à adopter des pratiques agroforestières et à réduire l’utilisation de pesticides.

De ce fait, nous travaillons depuis 2022 avec un réseau de 19 fermiers à Anjouan et à la Grande Comore pour effectuer des expérimentations à base de ressources locales disponibles. Parmi les pratiques développées, l’utilisation de compost enrichi en micro-organismes naturels et les tests de biopesticides à base de plantes et d’ingrédients locaux.

Un compost mature en seulement 30 jours

Le compost est une source importante de matière organique pour améliorer la qualité et la fertilité des sols. Cependant, sa préparation demande du temps : un compost classique peut nécessiter 2 à 3 mois avant d’atteindre sa maturité.

À l’aide de micro-organismes naturels, nous avons expérimenté avec sept de nos fermiers une méthode de maturation accélérée, afin de permettre aux agriculteurs et agricultrices de disposer plus rapidement de leur compost.

Ces micro-organismes sont préparés à partir de plusieurs ingrédients, notamment de la farine, de légumineuses (haricots, pois chiches ou lentilles), du sucre brut, de la bouse de vache (fraîche ou sèche), des feuilles de neem et de l’urine de vache.

Les résultats obtenus sont encourageants : le compost atteint sa maturité en seulement 30 jours. Cette réduction importante du temps de maturation permet aux producteurs de mieux gérer le temps entre deux plantations et de disposer plus rapidement d’un compost prêt à être utilisé dans leurs parcelles.

Mme Nourdati Chami, fermière dans le village Ngandzalé : J’avais été formée à la préparation de compost, qui me prenait beaucoup de temps. On creusait un trou et on le remplissait d’un mélange de terre, de feuilles et aussi de bouse de vache ou de poule. On laisser reposer jusqu’à ce que le mélange soit prêt. Un de ces jours, un technicien de Dahari est venu me dire que nous allions préparer du compost et j’ai tout de suite refusé parce que cela avait pris trop du temps. Il m’a ensuite expliqué que nous allions suivre une nouvelle méthode, qui sera beaucoup rapide. Au lieu de creuser un trou, nous avons réalisé un tas de compost en surface. Tous les dix jours environs, nous avons remué le mélange en ajoutant un produit. J’ai été surprise et contente d’avoir le compost près à être utilisé après seulement un mois.

Une formule 100% naturelle pour protéger les cultures

Depuis 2018 nous travaillons sur des solutions naturelles pour lutter contre les ravageurs et maladies des cultures. Il s’agit d’un biopesticide préparé à base de plantes et ingrédients locaux qui assure la protection des cultures et constitue une alternative aux produits chimiques. Le produit est constitué de plusieurs mélanges : de la téphrosie, du moringa, du lantana, de la citronnelle, du piment, de l’ail, du tournesol, du neem, de la basilique.

Les premiers agriculteurs qui ont testé les produits ont souligné une durée de conservation assez long et une meilleure qualité des fruits destinés à la consommation : “Les produits naturels sont excellents pour la tomate. Ça donne de bon rendement sans trop de perte. Les gens viennent de loin pour acheter mes tomates, car elles ne pourrissent pas rapidement et ont un bon goût.”  Mme Hidaya Hakim, fermière dans le village de Dzindri.

Des tests en cours pour mieux cibler sur les principaux ravageurs

Cette première formulation naturelle a été développée pour protéger les cultures de manière générale. Aujourd’hui, nous menons des expérimentations sur des problèmes plus précis, afin d’évaluer l’efficacité du produit sur différents ravageurs et maladies rencontrés par les producteurs.

Nous avons identifié avec nos fermiers les cultures qui sont les plus produites aux Comores et vulnérables aux maladies, nécessitant une attention particulière en matière de protection :

  • A la Grande Comore, les tests portent sur la lutte contre le mildiou, principale maladie de la pomme de terre, ainsi que contre l’oïdium, qui affecte la carotte.
  • Sur Anjouan, les expérimentations se concentrent sur la lutte contre Tuta absoluta, principal ravageur de la tomate, ainsi que contre la mouche de fruit, qui touche fréquemment le concombre.
Mourdi

« Au début, nous sommes partis d’un produit avec une dizaine d’ingrédients à base de plantes locales. Le produit a été efficace sur les trois années de tests effectués de 2019 à 2021. Les producteurs ont confirmé l’efficacité du produit. Seulement, nos fermiers se sont plaints du nombre d’ingrédients nécessaires à la préparation du produit. Aujourd’hui, nous avons amélioré la formule avec seulement deux ingrédients. En revanche, nous avons maintenant plusieurs produits pour protéger les cultures identifiées. Sur le concombre par exemple, nous utilisons seulement des feuilles de Tithonia et de l’ail. Pour la tomate, c’est à base du Neem et de l’ail également. »

Mourdi Mohamed, Technicien Sénior Agroforêts

Notre objectif est de déterminer si ces biopesticides peuvent devenir une alternative efficace, accessible et plus respectueuse de l’environnement, tout en renforçant la résilience des producteurs(trices) face aux maladies.

Notre approche conduit pour mener à bien les expérimentations

Pour Dahari, le développement de ces pratiques repose sur une étroite collaboration avec nos fermiers. Les solutions ne sont pas simplement proposées comme des pratiques déjà établies : elles sont testées directement avec eux, dans leurs propres parcelles et dans les conditions climatiques locales, afin d’observer concrètement les résultats obtenus.

À la Grande Comore, cette démarche est également accompagnée par la mise en place d’un site vitrine, situé au centre du village de Maoueni, à proximité des agriculteurs(trices) de la zone.  Le site se présente comme un modèle agroécologique destiné à la formation et à la mise en valeur des pratiques agricoles durables adaptées aux réalités locales.

À travers cette démarche, l’objectif est de contribuer progressivement à la réduction de l’utilisation des pesticides chimiques et au développement de pratiques agricoles plus durables, en s’appuyant autant que possible sur des ressources locales et sur les connaissances et l’expérience des agriculteurs(trices).

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