Les Comores abritent une biodiversité marine exceptionnelle, essentielle à la vie des communautés côtières. Mais la surpêche, la pollution et le changement climatique menacent les récifs coralliens et la sécurité alimentaire de ceux qui en dépendent. Avec notre programme Marin, nous ciblons la mise en place d’un réseau de réserves marines permanentes communautaires (où la pêche est interdite), en nous basant sur le succès du premier exemple pour le pays créé par l’association de pêcheurs Malezi Mema de Dzindri, Salamani et Vassy en 2021. Suite aux bons impacts, cette réserve a été agrandie par les pêcheurs en 2025, et trois nouvelles ont vu le jour début 2026.
De 8 à 20 hectares, la réserve marine permanente de Vassy a franchi une étape majeure
Dès le départ, ce sont les pêcheurs de Vassy eux-mêmes qui ont proposé de fermer la zone, conscients de la diminution des ressources et de la dégradation du récif. Ils ont défini ensemble les règles de gestion, assuré la surveillance de la réserve et sensibilisé les jeunes à l’importance de la préserver. Les résultats n’ont pas tardé. En 2023, Ansoiya Mohamed, président de Malezi Mema, a témoigné : « Depuis que nous avons mis en place la réserve permanente, des espèces de poissons qui étaient parties commencent à revenir. Des poissons comme le labre à triple-queue (« kafwadji ») sont maintenant revenus et les pêcheurs les attrapent. »
Ces signes encourageants ont convaincu la communauté d’élargir la zone protégée, passant fin 2025 de 8 à 20 hectares – plus que doublant sa taille. En parallèle, la gouvernance a été renforcée : un comité mixte de pêcheurs et de pêcheuses assure désormais la gestion directe, appuyé par une commission inter-villages impliquant les autorités locales. Ce modèle participatif renforce le sentiment d’appropriation collective — clé pour la durabilité de l’initiative. L’expérience de Vassy a inspiré d’autres villages— notamment Kowe, Maweni et Moya.
Kowé, Maweni et Moya s’engagent à leur tour
Depuis 2021, notre équipe accompagne les pêcheurs.euses de ces trois villages dans des réflexions sur la gestion marine durable. Les échanges avec Vassy, ainsi qu’une visite d’échange au Kenya, les ont fortement inspirés.
Madame Chaanbati Ousseni, Présidente de l’association de pêcheurs(euses) de Maweni, témoigne : « Grâce à Dahari, j’ai eu l’opportunité de me rendre au Kenya où j’ai vu comment les communautés locales entretiennent leur mer. Cette méthode est vraiment efficace : elle augmente la quantité de poissons, fait revenir certaines espèces qui avaient disparu, et attire même de nouvelles espèces. J’ai compris que c’est une véritable chance pour nous, et qu’il faut vraiment soutenir cette initiative. »
Sur base des savoirs locaux des pêcheurs(euses) et des évaluations sous-marines, des zones potentielles pour les réserves, riches en biodiversité mais acceptables pour des communautés qui dépendent de la pêche au quotidien, ont été identifiées.
Le système de gouvernance a ensuite été co-construit au cours de onze ateliers et dix-huit restitutions communautaires, pour garantir une adhésion maximale et un modèle ancré localement.
Un défi clé : inclure tous les pêcheurs, y compris les plus marginalisés
La mise en place des réserves n’a pas été un long fleuve tranquille. L’un des défis majeurs a été d’amener les pêcheurs à filet autour de la table — historiquement marginalisés, rarement inclus dans les discussions collectives. Pourtant, pour qu’une réserve fonctionne, la gestion doit être collective et inclusive. L’équipe Dahari a travaillé patiemment pour créer des liens et instaurer la confiance. Petit à petit, ces pêcheurs ont rejoint le processus, et font aujourd’hui partie intégrante des comités de gestion. Ce changement dépasse le cadre de la conservation marine. Un pêcheur pirogue de Moya le résume : « Avant, je n’échangeais jamais avec les pêcheurs à filet. Maintenant, on se parle souvent. »
Une gouvernance co-construite, validée par les autorités
Finalement, à la suite des nombreux échanges, les autorités locales et régionales ont officiellement validé les trois nouvelles réserves marines permanentes en présence des pêcheurs.euses. C’est donc 85 nouveaux hectares de récifs qui pourront se régénérer et bénéficier aux communautés dans le futur.
Mohamed Chadhouli, Secrétaire général de la coopérative de pêche de Moya, témoigne : “Nous attendions avec impatience cette rencontre qui a regroupé les autorités locales et régionales. Nous avons vu à Vassy que les pêcheurs passent maintenant moins de temps en mer, grâce à leur réserve installée depuis longtemps. Ce sont ces résultats que nous voulons aussi avoir.”
Affane Amine, Directeur régional de la Pêche à Anjouan, ajoute : “Je suis content de l’approche participative menée au niveau communautaire pour prendre de telles décisions, c’est ce qui va mener l’initiative à sa réussite.”
L’officialisation des nouvelles réserves a finalement été célébrée en février 2026 lors de quatre cérémonies festives qui ont réuni pêcheurs et pêcheuses, communautés et autorités, avec des sketchs de théâtre pour sensibiliser et célébrer cette avancée collective. Des pêcheurs des villages voisins étaient également invités pour assurer une sensibilisation large sur les réserves.
Et la suite ?
L’équipe Dahari est fière d’accompagner ces communautés dans le suivi et renforcement de la gestion des réserves qui couvrent à présent 105 hectares de récifs. Des forums annuels sont prévus pour favoriser les échanges – un premier a eu lieu en 2025 avec beaucoup de succès, et d’autres communautés d’Anjouan et des îles voisines seront invitées en 2026. Ce modèle porté par les pêcheurs eux-mêmes est la clé d’une restauration durable des récifs coralliens aux Comores.
Avec l’appui financier de : CEPF, TUSK, McPike-Zima, et Blue Ventures !