Le 21 août, 13 propriétaires du village d’Ouzini, à Anjouan, ont signé des accords de conservation pour leurs parcelles situées dans les zones forestières de Ntrontroni et Doumbounini. Ces deux lieux-dits forestiers, proches du village, subissent une forte pression liée à la coupe de bois. Avec ce deuxième pilote, nos accords forestiers s’adaptent aux zones où la menace sur la forêt est la plus forte.
Une signature qui témoigne d’un engagement croissant
La cérémonie de signature a attiré les autorités locales et des leaders communautaires d’Ouzini et des villages voisins de Salamani et d’Adda. Petit à petit, l’équipe constate une énergie autour du programme et une appropriation progressive de la part des communautés. La cérémonie était marquée par des témoignages forts de plusieurs anciens et nouveaux Walezi ya Maji, les Gardiens de l’Eau.

« Nos robinets commencent à ne plus donner d’eau à cause des arbres coupés. Aujourd’hui, je donne une partie de mes terres pour contribuer à ce travail. Ces contrats sont là pour protéger l’eau en premier. Je pense qu’après les premiers accords signés ici l’année dernière, les gens ont pris conscience de l’importance de ces accords et aujourd’hui, nous sommes prêts à s’impliquer. » — M. Nadhir Houmadi, nouveau signataire, Ouzini
Retour sur le premier pilote
En juillet 2024, Dahari signait ses 30 premiers accords de conservation individuels avec des agriculteurs.trices du village d’Adda, dans le sud d’Anjouan, avant d’étendre l’approche à Ouzini. Le principe : chaque signataire s’engage à ne pas couper les arbres natifs et à laisser sa parcelle forestière en jachère. En échange, il ou elle reçoit un transfert monétaire tous les six mois, calculé selon la surface mise en conservation.
L’enjeu est de taille. Anjouan a perdu environ 80 % de ses forêts en trente ans, l’un des taux de déforestation les plus élevés au monde. Ces forêts protègent les ressources en eau des villages et abritent des espèces uniques, comme la roussette de Livingstone, espèce phare pour la conservation terrestre aux Comores.
Ce qui change avec le deuxième pilote
Le premier pilote a permis l’implantation de ce nouveau programme des accords de conservation dans le paysage. Cette implantation était facilité parce que nous avions ciblé des zones « inactives », où l’on cultivait et coupait déjà peu. Pour avoir un véritable impact, les accords devaient fonctionner là où la pression sur la coupe de bois est la plus forte.
Dans ces zones actives, renoncer à cultiver ou à couper des arbres engendre des manques à gagner sur les revenus des propriétaires. Les accords devaient en tenir compte. En 2025, nous avons mené des évaluations de priorisation des zones forestières, des enquêtes sociales et des échanges avec les propriétaires pour mieux cibler l’impact du programme. Nos conseillers internationaux, le conseil d’administration, l’équipe de Dahari et des comités villageois ont pris part aux réflexions. Elles ont abouti à trois changements majeurs sur le schéma :
- Un délai pour récolter. Les signataires disposent de deux ans pour récolter les cultures déjà en place, sans pouvoir replanter. Ceux et celles qui cultivent actuellement leur parcelle ne perdent pas leur récolte.
- Des arbres indigènes replantés. Les propriétaires acceptent que leur parcelle soit replantée en espèces endémiques par des agriculteurs.trices recruté.e.s par Dahari, et s’engagent à veiller sur les jeunes plants. La restauration devient active, et l’approche profite davantage aux habitant.e.s du village.
- Un bonus pour l’entretien des arbres. Après trois ans, un bonus équivalant à deux années de contrat récompense les signataires qui ont pris soin de leurs plants. Ce bonus s’ajoute à celui de fin de contrat, qui a pour objectif de favoriser la reconduction des contrats.
Un suivi arbre par arbre
Les images satellites ne permettent pas de suivre la coupe arbre par arbre à Anjouan : les nuages, les ombres, le relief et l’hétérogénéité de l’habitat les rendent difficiles à analyser. Nous avons donc choisi une solution simple. Chaque arbre de taille exploitable est recensé et marqué d’une étiquette permanente.
Ce travail est confié à des acteurs locaux qui travaillent dans la filière bois. Ils savent reconnaître les espèces, ainsi que les arbres exploitables pour la production des planches ou des chevrons. Ils bénéficient ainsi, eux aussi, des avantages issus des accords.
Et maintenant ?
- Une étude de la filière bois afin d’identifier des actions complémentaires pour réduire la pression de la coupe, dans les zones sous accord et au-delà.
- Un troisième pilote. Pour vérifier que les accords sont applicables de l’autre côté de la crête, nous lancerons une troisième phase pilote sur les zones forestières des villages de Moya, Kowé et Nindri.
- Assurer l’évaluation de l’impact. Nous continuons la construction du schéma de suivi de l’impact des accords avec l’appui de nos partenaires en affinant notre enquête sociale, en poursuivant les études hydrologiques, et en préparant des études de végétation.
Ces accords forestiers sont mis en œuvre grâce à la collaboration avec l’aire protégée de Ntringui pour rendre la lutte contre la déforestation efficace. Pilote après pilote, l’approche se construit avec les communautés, pour faire régénérer une forêt qui protège l’eau, les sols et la biodiversité d’Anjouan.
Merci à Cartier Philanthropy for People and Nature pour son soutien, ainsi qu’à tous les experts qui nous accompagnent de l’Université d’Oxford, Kings College London, Fauna & Flora et le Gret.










