« Aux Comores, la conservation marine ne réussira pas sans les communautés de pêcheurs », a affirmé le Ministre de l’Environnement des Comores le 20 août devant une foule de pêcheurs venus de Grande Comore, de Mohéli et d’Anjouan, réunis à l’École Nationale de Pêche de Mirontsi. Le forum des pêcheurs était organisé par Dahari sous le haut patronage du Gouvernorat d’Anjouan, en présence des autorités régionales et nationales.
Au cœur des échanges : l’engagement pris par le gouvernement comorien pour atteindre l’objectif ‘30×30’ de placer 30% des espaces marins et côtiers sous protection d’ici 2030 et, surtout, la place que les communautés de pêcheurs sont appelées à jouer dans sa mise en œuvre.
La démarche retenue par le gouvernement, annoncée par le Ministre en juin 2026 à la 11e Our Ocean Conférence de Mombasa, repose sur trois axes : renforcer le réseau existant d’aires protégées, développer des zones de gestion artisanale pour exclure les bateaux industriels et favoriser la gestion communautaire dans l’ensemble des eaux territoriales, et reconnaître la gestion communautaire marine dans le cadre légal national.
Ce dernier axe est celui qui compte le plus pour les communautés qui gèrent déjà leurs ressources localement — et qui le font, aujourd’hui, sans reconnaissance dans le droit national.
Les pêcheurs constatent les bénéfices de la gestion communautaire
Dans la zone de Vassy au sud-ouest d’Anjouan, l’association de pêcheurs Malezi Mema a créé en 2021 la première réserve permanente communautaire des Comores, une zone de récif fermée à toute pêche. Les pêcheurs ont également défini leurs propres règles sur l’utilisation des filets, en décidant collectivement des pratiques autorisées et de celles qui ne le sont pas.
Ces décisions n’ont pas été proposées de l’extérieur : le modèle de gestion et de gouvernance a été construit par les pêcheurs et pêcheuses de la zone. C’est aussi ce qui explique pourquoi il tient dans le temps. Les bénéfices s’observent déjà, avec des captures plus élevées et le retour de certaines espèces. Visionnez ci-dessous les témoignages des pêcheurs et pêcheuses d’Anjouan :
Ismael Abdou, membre de l’association Malezi Mema : « Depuis qu’on a installé la réserve, des espèces de poissons qu’on ne trouvait plus sont maintenant de retour. Les poissons sont maintenant denses dans la réserve. Les autres sites de pêche arrivent à être alimentés et les pêcheurs à côté arrivent à bien pêcher. Je vois qu’aujourd’hui, les pêcheurs partent vers 7h du matin et retournent vers 13h. Et les gens trouvent des rendements, vu qu’on a amélioré les choses. »
Cette réussite repose aussi sur l’appui des notables et des autorités locales. « La mer divise alors qu’elle devrait unir », a rappelé le Gouverneur devant les participants, appelant chacun à mieux collaborer pour soutenir les pêcheurs.

L’expérience s’étend désormais à d’autres zones. Dans la région de Moya, de nouvelles réserves ont été créées par des communautés qui ont observé les résultats obtenus à Vassy et ont choisi de développer leurs propres mesures de gestion.
Cette démarche est aujourd’hui reconnue au-delà de l’archipel : lors du forum, Malezi Mema s’est vu remettre le prix Impact Communautaire des Ocean Awards 2026, organisé par BOAT International et Nekton, pour son travail en faveur de la gestion communautaire des ressources marines.
Pourquoi la reconnaissance nationale compte
Jusqu’à présent, les initiatives communautaires reposent essentiellement sur des accords locaux, soutenus par les autorités, mais sans statut dans le droit national. Cette situation limite leur portée et leur pérennité.
À une autre échelle, des projets ou aménagements côtiers peuvent aussi être décidés sans tenir compte des règles établies par les communautés. Une reconnaissance nationale donnerait un statut à ces initiatives et reconnaîtrait les associations de pêcheurs et pêcheuses comme des interlocuteurs légitimes dans les décisions affectant leurs zones et leurs ressources.
Et maintenant ?
Au-delà de l’annonce, la rencontre a permis à des pêcheurs et pêcheuses des trois îles de partager leurs expériences et leurs difficultés. Tous ont exprimé le souhait de poursuivre ces échanges, pour apprendre les uns des autres et avancer ensemble dans la gestion de leurs ressources marines.
Fatouhia Boina, représentante de l’association Malezi Mema de Fomboni, Mohéli : « C’est incroyable, le séjour que j’ai effectué à Anjouan. Tout s’est bien passé. J’ai appris davantage sur des initiatives que je ne connaissais pas. Ce qui m’a marqué, c’est la mise en place des réserves marines, où la pêche est interdite. Les réserves sont bien protégées et les mesures mises en place sont bien respectées »
Pour Dahari et ses partenaires la priorité est désormais de soutenir ce passage du local au national — en poursuivant les échanges entre les trois îles et en accompagnant techniquement le gouvernement dans l’élaboration du cadre légal. L’objectif est clair : que la reconnaissance de la gestion communautaire se construise avec les pêcheurs, à partir de ce qu’elles ont déjà démontré sur le terrain.
Avec l’appui financier de : Blue Ventures, CEPF, TUSK et McPike-Zima !








