{"id":4011,"date":"2021-12-16T11:23:35","date_gmt":"2021-12-16T10:23:35","guid":{"rendered":"https:\/\/daharicomores.org\/?p=4011"},"modified":"2026-05-14T15:05:45","modified_gmt":"2026-05-14T13:05:45","slug":"anjouan-deboisee-anjouan-a-reboiser","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/daharicomores.org\/en\/anjouan-deboisee-anjouan-a-reboiser\/","title":{"rendered":"Anjouan deforested, Anjouan to reforest"},"content":{"rendered":"<p><em>T\u00e9moignage de M. Nabouhane Abdallah, 77 ans, Chef de Comit\u00e9 de Reboisement, sur les cons\u00e9quences de la d\u00e9forestation sur les ressources en eau et la fertilit\u00e9 des terres. Publi\u00e9 par <a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/haybafm\/posts\/3016134795295353?__cft__[0]=AZUNvHdDWRkJs1ch9imeMldV-XAdFgUWEpDTkxWHpXpt81GYIeA6TjrZzkfhkPkdQnpmd594g0gnPpp88_DOsU3jgf7lwn_MMzLqdZ2RJlkAuR8vokB-WofXI0qhS6fdU8w&amp;__tn__=%2CO%2CP-R\">HaYba FM<\/a><\/em><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Je m\u2019appelle Nabouhane Abdallah, je suis n\u00e9 au quartier de Barakani \u00e0 Adda en 1944, avant le cyclone de 1950. Je suis p\u00e8re de 12 enfants.<\/p>\n<p>La for\u00eat de notre village \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e comme la m\u00e8re nourrici\u00e8re de la r\u00e9gion de Nyumakele avec la pr\u00e9sence de plusieurs ressources naturelles. Depuis mon enfance, je me souviens que la for\u00eat \u00e9tait toute proche du village. Il y avait plusieurs esp\u00e8ces d\u2019animaux dont aujourd\u2019hui on ne les voit pas, le Mniyakanga, Ninga des Comores, Kanga. Dans nos champs, on voyait en haut des arbres les nids des oiseaux. \u00c0 cause de la d\u00e9forestation massive et ill\u00e9gale, aujourd\u2019hui il faut marcher tr\u00e8s loin dans la for\u00eat pour avoir la chance de les voir.<\/p>\n<p>Quand les colons \u00e9taient dans le village, nous n\u2019avions pas le droit de cultiver dans la for\u00eat sous peine des sanctions. Les cultures principales cultivaient \u00e0 l\u2019\u00e9poque par la majorit\u00e9 des agriculteurs \u00e9taient le riz pluvial et le ma\u00efs. Ces cultures \u00e9taient plant\u00e9es tout proche du village. La r\u00e9colte \u00e9tait toujours insuffisante pour nourrir une famille pendant toute l\u2019ann\u00e9e.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-4001 size-full\" src=\"https:\/\/daharicomores.org\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/244367919_3016133731962126_917206051460449117_n.png\" alt=\"\" width=\"833\" height=\"625\" \/><\/p>\n<h2>Les ann\u00e9es 80 :<\/h2>\n<p>C\u2019est \u00e0 l\u2019\u00e9poque du pr\u00e9sident Ahmed Abdallah, dans les ann\u00e9es 1980, que j\u2019ai constat\u00e9 les grands d\u00e9frichages dans la for\u00eat. Les gens ont commenc\u00e9 \u00e0 intensifier la plantation des bananes et des taros sous les grands arbres malgr\u00e9 qu\u2019il y e\u00fbt des gardes forestiers. Avec l\u2019augmentation de la population et le manque d\u2019emplois \u00e0 part l\u2019agriculture et l\u2019\u00e9levage, le processus de d\u00e9frichage, plus particuli\u00e8rement avec la coupe des grands arbres forestiers s&rsquo;est acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 au fur et \u00e0 mesure. Cela s\u2019explique aussi par les besoins croissants en bois de la for\u00eat pour la construction des maisons et pour alimenter les quelques alambics des villages voisins (Ngandzal\u00e9, Domoni, Adda, Nyumakele bas). La vente du bois d\u2019\u0153uvre pour la fabrication des portes, lits et meubles dans les grandes villes d\u2019Anjouan a aussi beaucoup contribu\u00e9 aux actions de d\u00e9forestation. Toutefois, \u00e0 l\u2019\u00e9poque les mat\u00e9riels utilis\u00e9s \u00e9taient la hache et de la scie manuelle donc la vitesse sur la coupe des arbres \u00e9tait lente compar\u00e9e \u00e0 ce que se passe actuellement avec l\u2019arriv\u00e9e des scies \u00e9lectriques. La vente de bois et le circuit de vente \u00e9taient surveill\u00e9s, car je me souviens qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque, c\u2019\u00e9tait pendant les nuits que les transports du bois vers les villes \u00e9taient effectu\u00e9s. La corruption contribue beaucoup \u00e0 ce ph\u00e9nom\u00e8ne dans le sens ou aussi bien les gardes forestiers, les autorit\u00e9s locales que les agents de l\u2019arm\u00e9e ferment les yeux moyennant des avantages p\u00e9cuniaires ou une contrepartie sur les arbres coup\u00e9s.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-4003 size-full\" src=\"https:\/\/daharicomores.org\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/244449430_3016133878628778_5732630496658633844_n.png\" alt=\"\" width=\"833\" height=\"625\" \/><\/p>\n<h2>Expansion de l&rsquo;agriculture :<\/h2>\n<p>J\u2019ai aussi constat\u00e9 que l\u2019agriculture a aussi pris de l\u2019ampleur durant ces 20 derni\u00e8res ann\u00e9es avec l\u2019introduction des cultures maraich\u00e8res la for\u00eat \u00e0 la place des cultures coutumi\u00e8res comme le taro et le bananier. Cela est justifi\u00e9 par beaucoup d\u2019entre nous par les faibles rendements dans les champs proches du village d\u00fb \u00e0 une exploitation intensive des terres depuis plusieurs ann\u00e9es malgr\u00e9 l\u2019appui \u00e0 l\u2019adoption des pratiques agricoles plus durables de plusieurs projets.<\/p>\n<p>Ainsi que les grands arbres de la for\u00eat disparaissent, il e\u00fbt l\u2019introduction des arbres de rente, plus particuli\u00e8rement les girofliers et la plantation des cultures vivri\u00e8res comme la patate douce, le manioc, la pomme de terre et le maraichage. Actuellement, des esp\u00e8ces comme : moiha, mhomba, mvaventr\u00e9 sont tr\u00e8s rares.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-4005 size-large\" src=\"https:\/\/daharicomores.org\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/244423673_3016133505295482_6299551599665490411_n-1024x621.png\" alt=\"\" width=\"1024\" height=\"621\" \/><\/p>\n<p>Je voulais aussi ajouter que dans notre village, il y avait plusieurs sources d\u2019eau dans la for\u00eat et deux principales rivi\u00e8res, celles de Shiro et de Mtsatsa. Ces rivi\u00e8res coulaient toute l\u2019ann\u00e9e depuis la for\u00eat jusqu\u2019\u00e0 la mer. Aujourd\u2019hui elles sont devenues intermittentes et d\u00e9pendent des saisons des pluies.<\/p>\n<h2>Une culture abandonn\u00e9e :<\/h2>\n<p>Il y a aussi quelque chose important \u00e0 signaler, \u00e0 la suite du massacre de Majunga en 1976, il y a eu l\u2019arriv\u00e9e des nouveaux chefs religieux avec des pr\u00eaches radicalis\u00e9s. La population a commenc\u00e9 \u00e0 abandonner la c\u00e9l\u00e9bration des rites sacr\u00e9s. D\u2019o\u00f9 la destruction des sites sacr\u00e9s qui \u00e9taient aussi des zones foresti\u00e8res et qui fournissaient des produits sacr\u00e9s utilis\u00e9s pendant les rites. Parmi ces rites, il y a le fameux Dade, \u00e9v\u00e8nement tr\u00e8s connu au village puis c\u00e9l\u00e9br\u00e9 chaque ann\u00e9e pour demander la b\u00e9n\u00e9diction aux esprits (djinns) de donner une bonne production agricole.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 les quelques initiatives communautaires ou bien avec des projets qui s\u2019y mettent en place depuis vraiment longtemps, ne perdurent pas. Ils se heurtent aux probl\u00e8mes de mentalit\u00e9s locales (difficult\u00e9s de consensus communautaires, relation familiale, divisions politiques et religieuses\u2026) d\u2019o\u00f9 un manque de l\u00e9gitimit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale des r\u00e8gles de l\u2019\u00c9tat et aussi locales par les habitants.<\/p>\n<p>Je pense que nous devons penser aux g\u00e9n\u00e9rations futures puisque d&rsquo;ici \u00e0 15 ans avec le m\u00eame rythme de d\u00e9forestation m\u00eame le peu de for\u00eat qui reste risque de dispara\u00eetre. D\u2019o\u00f9 r\u00e9duire la d\u00e9forestation est plus qu\u2019urgent. La seule condition pour la r\u00e9ussite est qu\u2019il ait une r\u00e9elle volont\u00e9 de part et d\u2019autre de prot\u00e9ger les arbres que les gens sont en traine de planter. Une des solutions rapides serait aussi de laisser la for\u00eat se r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer naturellement, car je constate que dans la for\u00eat les arbres poussent rapidement \u00e0 l\u2019absence des activit\u00e9s humaines. Enfin, le gouvernement doit r\u00e9fl\u00e9chir d\u2019autres alternatives aux milliers des jeunes sans-emplois et sans espoir pour un avenir meilleur.\u00a0\u00bb<\/p>\n<figure id=\"attachment_4004\" aria-describedby=\"caption-attachment-4004\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-4004\" src=\"https:\/\/daharicomores.org\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/IMG_5975-300x200.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"200\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-4004\" class=\"wp-caption-text\">T\u00e9moignage recueilli par M. Misbahou Mohamed, Co-Directeur de l&rsquo;ONG Dahari<\/p>\n<p><\/figcaption><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>T\u00e9moignage de M. 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