Les oiseaux endémiques comme indicateurs biologiques

Des oiseaux comme indicateurs de la forêt…? Hum, ça ne vous parle pas ?
Pas de panique, Amélaïd, responsable du pôle écologie depuis 2015 au sein de l’ONG Dahari vous en dit un peu plus sur ce sujet qui peut sembler très complexe.

“Quand j’étais encore enfant, on a vu arriver les paraboles, Canal +… Et c’est à ce moment-là que j’ai découvert l’émission de vulgarisation scientifique “C’est pas sorcier”. J’étais fasciné ! Tous les soirs après l’école, je courais à la maison pour ne rien rater des épisodes. Ça a été un vrai déclic pour moi. Je voulais à mon tour, pouvoir expliquer tous les phénomènes scientifiques qui nous entouraient. Connaître, comprendre, expliquer, transmettre…”

 

C’est de là qu’est née la passion d’Amélaïd pour le monde du vivant et l’univers fascinant des sciences. C’est donc tout naturellement qu’il poursuit dans cette voie, en obtenant un Master en Biologie, écologie et conservation animale à Antananarivo puis un second au Burkina Faso, orienté cette fois-ci sur la recherche en analyse des populations des espaces faunistiques et halieutiques.
De retour sur son île natale, à Anjouan, il rejoint l’équipe de Dahari en 2009 comme technicien écologie. Dix ans plus tard, il assure la recherche et le suivi sur la biodiversité à Anjouan.

Amélaïd Houmadi

À quelques mois de soutenir sa thèse intitulée “Écologie et priorité de conservation des vertébrés terrestres d’Anjouan (Union des Comores)” à Antananarivo, Amélaïd nous explique un des sujets qu’il a traité sur “Les oiseaux endémiques des Comores rencontrés à Anjouan comme bio-indicateurs de la forêt”.

Revenons tout d’abord sur le terme de “bio-indicateur” appelé aussi “indicateur biologique”… Pour répondre de manière scientifique à la question “Dans quel état est notre environnement ?”, il est souvent nécessaire d’avoir recours à des bio-indicateurs. Il peut s’agir d’une espèce vivante ou d’un groupe d’espèces, choisis pour leur capacité à représenter correctement certaines caractéristiques écologiques de l’environnement.
Dans l’étude menée par Amélaïd, les indicateurs biologiques étudiés étaient 15 oiseaux diurnes endémiques des Comores. Mais pourquoi avoir choisi les oiseaux ?
Nous savons que ces animaux dépendent des forêts pour leur survie (nourriture, habitat…). On supposait donc que la présence de ces oiseaux dans une certaine zone indiquait un certain “type” d’habitat, à savoir, la forêt. Or, il s’est avéré que les résultats n’ont pas validé à 100 % l’hypothèse initiale.

Cinnyris comorensis et Alectroenas sganzini sganzini

L’étude a révélé que les oiseaux endémiques ne se trouvent désormais plus forcément dans les zones dites de “forêt dense” (forêt originale avec végétation native) mais préfèrent actuellement les zones de “forêts dégradées” (forêts perturbées, marquées par des impacts liés aux pressions humaines) et au niveau des plantations de haute altitude.

Pourquoi les oiseaux ont-ils préféré les habitats dégradés ? La réponse est assez
simple. La couverture forestière d’Anjouan diminuant chaque année, il ne reste finalement que des “morceaux de forêts”, situés principalement sur les hauteurs de l’île. Les conditions climatiques et les extrêmes altitudes à ces endroits ne conviendraient pas aux oiseaux endémiques et ces derniers préfèreraient donc vivre dans des zones dégradées, en moyenne altitude.

Mais que va-t-on faire de ces résultats ? Quelles sont les prochaines étapes ? Il s’agit désormais d’analyser davantage les zones d’habitat identifiées et de mieux comprendre les relations et interactions avec les oiseaux qui y vivent. Cette étude servira aux acteurs et aux gestionnaires des ressources forestières qui devront tenir compte des relations entre les oiseaux et l’habitat de “préférence”. Plus globalement, des actions de restauration des forêts dégradées et des mesures agro-environnementales doivent être appliquées dans l’île pour protéger la biodiversité et les écosystèmes naturels.

 

Si vous avez envie d’en savoir plus sur ce sujet, vous pouvez contacter Amélaïd Houmadi :
amelaid.houmadi@daharicomores.org

Crédits photos : Amélaïd Houmadi

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