Quatre mois de patience pour une pêche miraculeuse

Le 10 septembre 2018 marquait la fin de la fermeture temporaire de la pêche dans la zone de Mpoitrajou Gambejou Marontroni à Maji Baridi dans la région de Vouani. Une fermeture qui aura duré quatre mois, du 3 mai au 10 septembre. Plus de 500 personnes ont pris part à cette réouverture où plus de 600kg de poulpes capturés ont été pesés en une journée.

Il est 11 h, ce lundi 10 septembre 2018, à Vassy. La pêche à pied commence avec des centaines de pêcheuses et pêcheurs prenant soin de se munir d’un pic en bois moins destructeur que le harpon en métal (ntsontso) utilisé habituellement. Une heure plus tard, les premiers sont déjà de retour. Environ 140 pêcheurs acceptent alors de se plier à la pesée de leurs sacs de poulpes. Résultat : en moyenne 4,8 kg de prises par personne, et des poulpes deux fois plus gros qu’avant la fermeture, avec un mollusque atteignant 6 kilos. Du jamais vu dans cette région !

L’activité a été festive, tout le monde voulait se rendre sur le platier pour constater de visu les résultats de cette courageuse attente de quatre mois. Certains croyaient à cette initiative, d’autres non. Ce projet a été initié par les communautés, mobilisées et engagées pour la gestion de la pêche au travers d’activités organisées par Dahari en collaboration avec Blue Ventures. Pour y arriver, l’équipe de gestion des ressources marines de Dahari a travaillé d’arrache-pied et mis en place tout un ensemble d’activités qui ont eu un effet positif sur l’engagement des pêcheuses : travail préalable d’analyse qui s’est voulu participatif, suivi des pêches, lui aussi participatif, mobilisation sur le terrain, séances de sensibilisation… Jusqu’au déclic : des visites d’observation à Madagascar et à Zanzibar, pour permettre aux femmes pêcheuses de la zone d’intervention de constater les résultats d’initiatives de gestion de la pêche dans les pays voisins et d’en suivre l’exemple. En effet, après ces voyages d’échanges, les pêcheuses de Vassy, Salamani et Dzindri ont pris les choses en mains pour améliorer leurs ressources tout en préservant l’environnement marin. Elles ont commencé par créer une association, “Maecha Bora”, puis lancer une première action : une fermeture temporaire d’une grande partie de leur zone de pêche.

Quatre mois de patience et de sensibilisation, et les résultats sont palpables, tout le monde est satisfait. Les professionnels comme les amateurs, tous sont partis à la pêche. Même des enfants ont tenté leur chance. L’expérience s’avère concluante car même les jours qui ont suivi cette ouverture, la capture est restée bonne. Il fallait voir les personnes qui refusaient de coopérer au projet, craignant que les résultats ne soient pas intéressants. Elles ont été les premières à descendre en mer sans aucune conviction et à en revenir les sacs pleins. Une d’entre elles témoigne : « J’étais parmi les virus, ceux qui étaient contre cette initiative. En tout cas, les résultats sont satisfaisants. Vous voyez, j’ai pêché trois poulpes. Certains en ont pêché quatre et d’autres même jusqu’à sept. »

« On trouvait les poulpes à même nos pieds »

Un autre pêcheur convaincu de cette belle initiative martèle : « Nous sommes vraiment ravis de cette initiative et nous vous demandons de bien vouloir nous accompagner pour nous permettre d’aller de l’avant car les résultats sont intéressants. Ce que je peux vous dire c’est que la plupart des gens qui sont venus ici aujourd’hui n’ont pas eu du mal à chercher les poulpes dans leurs trous, on les trouvait à même nos pieds. On risquait même de marcher dessus. Je lance donc un appel à ceux qui étaient contre nous. Surtout que la plupart d’entre eux étaient à la pêche aussi et ont capturé beaucoup de poulpes, je les prie de nous rejoindre afin qu’ensemble nous puissions évoluer et faire réussir notre projet. »

L’enthousiasme se manifestait sur tous les visages. Certaines pêcheuses, bien qu’elles aient pêché beaucoup de poulpes ce jour-là, n’avaient aucune envie de faire des bénéfices comme témoigne l’une d’entre elles : « Aujourd’hui je ne vends pas mes poulpes, je vais bien les manger et en donner aux autres pour les encourager à nous suivre. »

Les membres de l’association Maecha Bora sont plus que ravis de ces résultats et sont satisfaits de voir que leurs efforts ne sont pas restés vains. « Je suis membre de l’association Maecha Bora et je suis de Salamani. Je suis contente car j’ai pu capturer trois poulpes. Ce n’est pas la première fois que je pratique la pêche à pied, je suis une habituée de cette pêche. Aujourd’hui, je trouve que les choses sont meilleures car je constate que mes poulpes sont plus gros que ceux que je capture habituellement. J’espère que nous continuerons ainsi en fermant la pêche de manière temporaire. Pour ceux qui étaient contre, comme ils étaient là et qu’ils ont vu les résultats, j’espère qu’ils viendront nous rejoindre pour travailler ensemble et améliorer nos revenus ».

« Avec le bois, les pêcheurs ne cassent pas les coraux »

Encore un autre témoignage : « Je viens de Marontroni, (un village voisin ne faisant pas partie des villages d’intervention de Dahari, ndlr), je suis professionnel de la pêche. J’ai commencé ce travail depuis tout petit. Je constate qu’il y a une grande évolution. C’est vrai, en tant que professionnel de la pêche, je capture d’habitude plus que les onze que j’ai aujourd’hui mais si je fais l’évaluation par rapport au nombre de personnes qui sont venues pêcher, il y a réellement une grande évolution. Les captures ont été nombreuses et bonnes car plusieurs poulpes sont de grande taille. Je suis certains que les personnes qui ne voulaient pas de cette fermeture vont changer d’avis après avoir vu ces résultats aujourd’hui. Je suis prêt à transmettre mes connaissances de pêche à tous ceux qui sont intéressés. Par rapport à l’utilisation de la perche au lieu du métal, c’est la bonne manière car cela fait partie de la protection de l’environnement marin. Avec le bois, les pêcheurs ne cassent pas les coraux et arrivent à capturer les poulpes sans difficultés. »

Pour l’équipe de Dahari, c’est un ouf de soulagement puisqu’il n’y a pas eu de déception. Selon Effy Vessaz, responsable du projet gestion des ressources marines, la fermeture temporaire de la pêche peut être efficace à plusieurs périodes de l’année. Généralement, les fermetures se font quand les poulpes commencent à devenir plus grands. Selon elle, chaque mois, les poulpes peuvent doubler de poids : ces mollusques ont une biologie particulière avec une croissance exponentielle. « Il est possible que la fermeture soit tombée à une période propice où les poulpes commencent à devenir plus grands, information qu’il faudra confirmer avec les résultats de suivi des pêches disponibles prochainement. » Des études sont en cours pour établir de manière valide la meilleure période de fermeture, et la proposer pour une prochaine fermeture. Elle tient à préciser que ceci n’est qu’une étape, presque symbolique, pour arriver à une pêche durable dans la zone : « Cette fermeture a été organisée pour capitaliser sur la mobilisation des femmes au travers de l’association, et continuer leur engagement. » Une activité qui n’aurait pu être réalisée sans l’appui des partenaires techniques et financiers de Dahari dont AMCC, WWF, Tusk, CEPF et Blue Ventures.

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