Visites d’échanges des pêcheurs d’Anjouan à Mohéli et à Zanzibar

Après Madagascar en avril 2017, deux autres visites ont été organisées à Mohéli et à Zanzibar par l’équipe de gestion marine de Dahari, accompagnée de quelques pêcheurs et techniciens communautaires de Vassy, Dzindri et Salamani, trois villages où intervient l’ONG. Ces visites entrent dans le cadre du projet « Gestion des Ressources Marines » de Dahari, en partenariat avec Blue Ventures et financé par CEPF (Critical Ecosystem Partnership Fund), WWF (World Widlife Fund) et AMCC (Alliance Mondiale pour le Changement Climatique).

Du 18 au 21 décembre 2017, une équipe de cinq personnes dont trois techniciens communautaires est partie à la rencontre des membres du Parc National de Mohéli. L’objectif était d’échanger sur les activités du Parc en relation avec la pêche, la collaboration avec les communautés de pêcheurs et les stratégies de gestion de la pêche aux poulpes. En effet à Mohéli, la communauté de Ouallah II en collaboration avec le Parc National de Mohéli a mis en place deux fermetures concernant la pêche aux poulpes, de février à juin 2017 et de septembre à décembre 2017. L’efficacité de ces fermetures qui vise à augmenter la productivité de la pêche aux poulpes a été confirmée lors de discussions avec les communautés. Cette visite a donc fortifié la volonté des participants, membres des communautés collaborant avec Dahari, à mettre en place de telles mesures de gestion dans leurs villages respectifs sur Anjouan.

Pour Zanzibar, du 16 au 22 janvier 2018, quatre pêcheurs de Vassy, Dzindri et Salamani ont pu participer au voyage aux côtés des responsables du secteur marin de Dahari dans le but d’échanger avec les pêcheurs de Zanzibar et acquérir de nouvelles connaissances sur des stratégies de gestion et techniques de pêche innovantes, pour implémenter des pratiques durables aux Comores, productives et préservant l’environnement.

La visite de Zanzibar a été guidée par une ONG locale ‘’Mwambao’’ créée en 2010, déjà partenaire de Blue Ventures. Celle-ci travaille dans six villages à Zanzibar, trois à Unguja et trois à Pemba. Au cours de cette mission, trois villages ont été visités pour permettre aux pêcheurs d’Anjouan de voir comment leurs homologues de Zanzibar s’organisent pour mettre en place une gestion communautaire des ressources marines. Au cours des rencontres avec les communautés, membres des comités et autres organisations villageoises, l’équipe de Dahari et les pêcheurs ont observé différentes stratégies mises en place dans cette autre région de l’Océan Indien, notamment la fermeture temporaire pour la pêche aux poulpes ainsi que la création et le renforcement de comités de gestion.

Dans les villages respectifs de Mtende, Kizimkazi et Tumbatu, les membres du comité et les pêcheurs ont expliqué que ‘’c’est à partir du moment où ils avaient constaté des problèmes, notamment la diminution des quantités et taille des poulpes dans leurs zones qu’ils ont pris l’initiative de mettre en place des zones de fermeture temporaire de la pêche’’. Outre les bénéfices environnementaux, ces fermetures temporaires sont très rentables et appréciées par les pêcheurs locaux, en raison de l’augmentation des prises de poulpes, mais aussi du prélèvement d’un pourcentage sur les recettes de pêche lors des événements de réouverture. Ceci permet au comité de gestion de collecter de l’argent pour subvenir à leurs besoins, répondant non seulement aux nécessités de la vie quotidienne mais aussi en participant financièrement aux activités de développement dans leurs villages.

Parmi les activités importantes mises en place à Zanzibar notamment dans le village de Jambiani, l’aquaculture des éponges est une activité génératrice de revenus récemment développée par l’ONG MarineCultures. Plusieurs femmes ont été formées à l’entretien des éponges et des structures associées. Elles ont par ailleurs obtenu une parcelle d’aquaculture à la fin de leur formation. Cette occupation permet de subvenir à leurs besoins au travers de la vente des éponges de taille commerciale, un objet très apprécié des touristes notamment. La délégation anjouanaise n’a pas raté cette opportunité pour observer et s’imprégner de cette nouvelle innovation, avec en tête l’idée de peut-être explorer dans le futur le potentiel de cette activité aux Comores.

Cette visite d’échange a permis à l’équipe de Dahari de mieux comprendre la philosophie de gestion des ressources marines par leurs collaborateurs tanzaniens. Au final les pêcheurs anjouanais sont rentrés avec de nombreux conseils pour mieux réussir notamment : l’abandon des méthodes destructives utilisées pour la pêche [plante toxique (uruva), harpon en métal (ntsotso), destruction des coraux…], la mise en place de comités villageois engagés et légitimes, l’installation d’une zone de fermeture temporaire de la pêche aux poulpes, ainsi que l’implication et la sensibilisation des villages voisins concernés par cette activité. Une communauté motivée et soudée, ainsi qu’une communication exemplaire à tous les niveaux de gestion sont des éléments clés pour une mise en place réussie de mesures de gestion durables.

Sur place à Anjouan, des séances de restitution ont été organisées en février à Vassy, Dzindri et Salamani en vue d’informer et convaincre les pêcheurs d’Anjouan d’adhérer aux expériences de leurs voisins du Parc National de Mohéli et de Zanzibar (soutenus par l’ONG Mwambao). Ces restitutions ont été présentées par les pêcheurs ayant bénéficié des voyages à Mohéli et à Zanzibar et désireux de partager leurs expériences avec leurs pairs. A Dzindri, une délégation du Parc National de Mohéli, en visite sur Anjouan, du 05 au 08 février, était également présente pour soutenir les pêcheurs et partager leurs expériences. Résultats attendus : meilleure organisation communautaire, gestion durable des ressources marines et protection de l’environnement marin. Les présentateurs, ainsi que le directeur du Parc National de Mohéli, ont insisté auprès de leurs collègues sur l’importance de la mise en place de nouvelles techniques de pêche durable, adoptées par leurs voisins, afin d’aboutir à un meilleur rendement économique et une pérennité environnementale.

Les communautés des trois villages de Vassy, Dzindri et Salamani sont actuellement en pleine organisation pour la mise en place prochaine d’une fermeture temporaire de la pêche aux poulpes. L’équipe de Dahari les accompagne en facilitant les réunions et offre un appui technique dans le développement de cette mesure. Finalement, les pêcheurs anjouanais devront bien tenir leur promesse d’inviter leurs collègues de Zanzibar pour assister à la réouverture d’une première fermeture temporaire !

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