Misbahou nous raconte son “fellowship” Darwin

Misbahou MohamedMisbahou est notre Coordinateur Insulaire chez Dahari. Son travail et son implication dans l’ONG lui a permis de saisir une belle opportunité professionnelle : le fellowship Darwin. Il nous explique tout.

Qu’est que le fellowship Darwin ?

Il s’agit d’une bourse Darwin attribuée au personnel local des projets de l’Initiative Darwin, réalisés dans des pays riches en biodiversité. Ce qui a été le cas pour moi dans le cadre du projet Engagement Communautaire pour le développement Durable aux Comores (ECDD), projet financé par l’Initiative Darwin et l’agence française de développement entre janvier 2010 et Décembre 2013. La finalité de cette bourse est de renforcer les capacités du personnel local en matière de conservation de la biodiversité, par l’élargissant de leurs compétences.

Après quatre ans d’investissement dans le projet ECDD, ma détermination et mon engagement m’ont permis de gagner ce prestigieux fellowship Darwin. Un vrai défi pour moi, que je n’ai pas pris à la légère et qui allait me permettre d’apprendre de nouvelles choses, mais également de voyager pour la première fois en Europe.

Comment va se dérouler ce fellowhip?

Le fellowship va durer une année. Il a commencé le 02 septembre et se terminera en juin 2014. Il se déroule dans deux pays, à savoir Madagascar et l’Angleterre. Madagascar, pour sa similitude en terme de problématiques sur les grands défis concernant la conservation de la biodiversité, et pour ses organisations plus matures dans le domaine. Et l’Angleterre pour un apprentissage de deux moi et demi de la langue de Shakespeare, puis une formation sur le leadership de conservation des ressources naturelles.

Quel est l’objectif de ce fellowship?

L’objectif de ma visite auprès de ces organisations est d’améliorer mes capacités de gestion de projet de conservation et de développement rural, ainsi que mes capacités techniques sur les thématiques touchant nos domaines d’intervention aux Comores avec Dahari, à travers des formations, des échanges et des visites de terrain.

Qu’en est-il de ton expérience jusqu’à présent ?

Le 02 septembre 2013, je suis arrivé à Madagascar avec un programme déjà bien en tête, qui était ciblé sur deux organisations. Premièrement, l’ONG Blue Ventures, une ONG internationale anglaise qui intervient au sud Ouest de Madagascar depuis plus de dix ans pour la conservation des fonds marins, et ensuite avec Durrell Madagascar, une seconde ONG anglaise qui a plus de 25 ans d’expériences à Madagascar sur la conservation des espèces et de soutien aux communautés.

Le matin du vendredi 06 septembre 2013, j’ai quitté Tuléar et ai voyagé pendant 6 heures en 4X4 dans une route sableuse pour me rendre à Andavadoka, site central pour toutes les interventions de Blue Venture. Je suis accueilli par Minnie, la coordinatrice du site qui m’offre une bouteille d’eau minérale, à la place d’une bouteille de bière. Et le lendemain sans tarder j’ai commencé à m’imprégner du contexte sur l’approche de la conservation des ressources marines. Mon travail consistait à effectuer une descente de terrain en binôme avec l’un des techniciens locaux de BV, familiarisé avec de la langue malgache, pour discuter avec les communautés par des différentes interventions du BV, y compris des discussions ciblées avec des membres de la coordination du BV sur des thématiques bien précises comme le Marketing Social, l’approche population-santé et environnement, le suivi écologique participatif et l’accompagnement des associations locales. Certaines méthodes étaient utilisées par l’ONG Dahari, mais certaines étaient complètement nouvelles pour moi. Par exemple, je n’avais jamais appris à diriger un suivi écologique participatif avec les communautés ou à effectuer un plan d’action avec les associations locales. Il y avait aussi l’approche intégrée sur le programme population- santé et environnement (PEH), qui était  parmi les sujets importants que j’ai retenu. Il s’agit d’une approche intégrée qui traite trois problèmes à la fois. La magie de cette approche est qu’à chaque fois que deux composantes fonctionnent bien, la troisième composante est automatiquement traitée. D’où la formule suivante : 1+1= 3.

Après avoir fini ma mission avec BV, j’ai pris l’avion pour Tananarive et j’ai repris contact avec Durrell Madagascar. Nous avons convenus que Marolambo était la zone idéale pour ma formation. A Marolambo, Durrell travaille en partenariat avec Conservation International  pour protéger la rivière de Nosivolo ; cette dernière abrite des espèces de poissons endémiques les plus menacées de Madagascar à l’instar du Songatana. Je suis arrivé sur le site après trois jours de voiture dans une route boueuse. J’ai toute suite pris contact avec les associations locales qui s’occupent de la protection de la rivière Nosivolo, dans le but de partager leurs expériences sur la gestion communautaire des ressources naturelles.

L’objectif était de comprendre l’approche de Durrell sur le processus de création d’associations locales et les soutiens associés en termes de renforcement de capacités. J’ai pu intégrer les règles régissantes la gestion des ressources au sein des communautés.  C’est dans ce sens que j’ai visité 4 villages à la rencontre des communautés et des associations locales. Durrell a su rassembler tous les différents acteurs villageois, ce qui lui a permis de mettre en  place des associations fortes. Il a aussi pu les fédérer par zones pour créer des synergies entre les différents exploitants des ressources naturelles. Cette approche a aussi bénéficié de la cohésion sociale des malgaches et de la mise en place de Dina, une sorte de loi homologuée par l’administration malgache et qui a un pouvoir équivalent aux arrêtés régionaux. Ce Dina permet d’assurer l’harmonie sociale et il est en quelque sorte une justice moderne sur la gestion des ressources et de la conservation. Cela veut tout simplement dire que les communautés sont entièrement garantes de leurs ressources.

J’ai donc compris que nous pouvons nous inspirer de l’expérience des communautés traditionnelles malgaches, en ressuscitant les systèmes locaux de gouvernance sociale qui ont été appliqués par les communautés comoriennes. Bien sur, cela demandera un soutien et un accompagnement des communautés dans la durée. Pour ces communautés, la conservation de la biodiversité est une priorité planétaire ; il en est de même pour leur survie, l’exploitation irrationnelle des ressources étant une nécessité économique.

Globalement, je suis très satisfait de deux mois que j’ai passé avec ces organisations; j’ai beaucoup appris et suis en train de finaliser mon rapport, tout en continuant mon fellowship. Depuis deux semaines, je suis maintenant en Angleterre, dans une famille d’accueil, pour 6 mois. Je vous raconterai donc très prochainement mon expérience anglaise et les compétences que j’aurai acquises là bas. A bientôt !

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