A la rencontre de nos bénéficiaires, à Adda

 

Il y a un mois, je suis allée sur le terrain, dans le village d’Adda.

L’occasion de rencontrer des agriculteurs et bénéficiaires du projet ECDD et de comprendre un peu mieux leur quotidien en leur posant quelques questions.

Comment avez-vous été impliqué dans le projet ECDD ?

Saidin raconte qu’un jour, il a vu apparaître au village une voiture « avec un mzungu dedans ». Il s’est douté de quelque chose, est allé se renseigner, a longuement discuté et a eu de la chance : un désistement lui a permis de s’inscrire sur la liste pour profiter des premiers appuis du projet. Quant aux autres, ils ont été invités par le projet ou bien, curieux, ont pris part à l’une des réunions de présentation du projet et se sont rapidement engagés.

Quelles sont les activités développées avec le projet, et leurs évolutions ?

Les différentes bénéficiaires ont surtout participé aux activités agricoles du projet. Certains cultivent aujourd’hui la pomme de terre, d’autres des tomates, des aubergines, des carottes, des piments ou des cultures vivrières comme les bananiers. Certains d’entre eux ont pu cumuler ces cultures.

                                Bien entendu, les rendements diffèrent selon chaque personne et chaque parcelle.

Nous avons l’exemple de Saidin, dont le piment a été la principale ressource cette année, qui lui a ramené 20 .000 francs comoriens par semaine pendant 6 mois. Ou celui de Kamlati et d’Ouséni qui, avec 50kg de pomme de terre à semer, en ont récolté presque 300 (sans compter les 50kg de germes mis de côté pour le semis de contre-saison). Sans dire que chaque essai a été une réussite, nos agriculteurs sont unanimes : les résultats sont là.

Qu’avez-vous appris durant ce projet ?

Nos différents villageois s’accordent sur la réponse : ce sont les formations et les techniques acquises qu’ils retiennent et maitrisent aujourd’hui. Ils ont plus confiance en eux et leurs compétences leur permettent d’être autonomes. Ils affirment également leur capacité à transmettre ces compétences.

Saidin cite la lutte contre l’érosion des sols (grâce à des vieux pneus usagés), la préparation du compost ou la construction de parc a bœuf, tandis que Kamlati insiste sur les techniques de préparation des pépinières. Ouséni parle de l’espacement nécessaire entre les plants pour garantir une meilleure productivité ou encore de l’importance de la diversification des cultures qui permet de ne pas affaiblir la terre et de tirer le meilleur de ses parcelles.

Quel impact ce projet a-t-il eu sur votre vie ?

Les deux femmes, Nasihuati et Kamlati, citent l’aide financière des revenus agricoles pour

la rentrée scolaire de septembre (les fournitures, les vêtements et l’éducation de leurs enfants). Saidin a pu s’acheter une moto d’occasion, qui lui permet de rejoindre plus facilement le marché centre du village et ses autres parcelles plus éloignées. Ouséni profite quotidiennement des quelques outils dont il a bénéficié et qui lui facilitent son activité. Globalement, ils vivent tous un peu mieux, mais ils sont surtout plus confiants en l’avenir et plus curieux de tester de nouvelles cultures, de nouvelles techniques. Shibako, lui, est un peu sur la réserve : il est optimiste pour la suite, mais il sait aussi qu’il est trop vieux maintenant et regrette de ne pas pouvoir s’impliquer plus.

Quelles sont les difficultés auxquelles vous avez été confronté pendant le projet ? Quels sont les problèmes à aborder dans l’avenir ?

Ils sont tous unanimes sur le problème majeur : l’accès à l’eau. Pour eux, il s’agit de l’enjeu central à régler dans un futur proche. Comment ? C’est une autre problématique. Mais il est déjà question d’un périmètre irrigué en construction prévu à cet effet dans le village d’Adda.

Pensez-vous que l’appui ECDD aura un impact durable ?

La durabilité du projet apparaît sous une même forme pour chaque villageois interrogé : la dynamique est durable puisqu’il ne s’agit pas seulement d’une aide ponctuelle, mais bien d’une vraie formation. Ils estiment que l’aspect durable du projet réside aussi dans leur envie de partager ces connaissances. Ouséni le résume bien : « il est nécessaire de faire passer le message car sinon, ce projet n’a pas de sens ». Cependant, le travail est loin d’être terminé : l’ONG doit rester ici plus longtemps pour les accompagner et leurs proposer d’autres alternatives et techniques agricoles améliorées.

Pour le moment, il est difficile d’avoir un discours spontané de leur part sur la protection des ressources naturelles : cela n’est pas encore leur priorité. Aujourd’hui, ils souhaitent surtout subvenir aux besoins de leurs familles et vivre convenablement. Ce qui ne les empêche pas d’être conscients du travail à faire de ce côté là : Ouséni a déjà compris qu’il valait mieux se concentrer sur une petite parcelle, plutôt que d’aller chercher d’autres terrains à déboiser. Kamlati reconnait utiliser encore de l’engrais chimique, mais « seulement à 50%». Les autres 50%, elle les a remplacé par du fumier de poule, et a l’ambition de réduire encore cette quantité.

Quel message pourriez-vous faire passer concernant votre expérience ECDD ?

Shibako s’adresse principalement aux jeunes qui « jouent au babyfoot et aux dominos » : il faut s’impliquer, de pas rester les bras croisés. Il faut agir pour améliorer sa vie. Il propose à Dahari de continuer sur sa lancée et de créer une école qui formerait les jeunes à l’agriculture. Nasuiati quant à elle voudrait que l’on considère le métier d’agriculteur comme un vrai métier, où il est nécessaire d’être sérieux et de se former continuellement pour réussir. Puséni appelle la communauté à faire partie de cette dynamique, « car ce sont les échanges et les discussions qui font avancer : on a besoin de tout le monde ». Kamlati est bien consciente des nombreux bénéfices de cette action et invite les gens à en profiter également. Et pour Saidin ? « La clé, c’est d‘être sérieux ». En somme, cette évolution peut profiter à tous, si chacun a l’envie et l’ambition d’apprendre à optimiser l’agriculture anjouanaise.

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