Les pêcheurs d’Anjouan en visite d’échange à Madagascar

Dans le cadre du projet Gestion des ressources marines de Dahari, une visite d’échange – financée par le Critical Ecosystem Partnership Fund – a été organisée dans le Sud-Ouest de Madagascar par Blue Ventures du 4 au 16 avril derniers. Trois pêcheurs de notre zone d’intervention (Vassy, Dzindri et Salamani) ont pu y participer dans le but d’échanger avec les pêcheurs malgaches en vue d’améliorer les techniques, la pêche et ainsi le quotidien des familles qui vivent de cette activité tout en protégeant l’environnement.

Blue Ventures intervient depuis 12 ans dans les villages où les visites ont eu lieu ; les travaux et études commencés dans ces zones ont permis aux équipes de bien connaître les enjeux et le contexte, raison pour laquelle Dahari a choisi cette destination. Plusieurs villages ont été visités pour permettre aux pêcheurs d’Anjouan de voir et comprendre les spécificités (création d’un comité de gestion commun à plusieurs villages, fermeture temporaire pour la pêche aux poulpes, association d’épargne communautaire, aquaculture etc.) et ainsi avoir un aperçu global de la gestion marine dans cette région. Des réunions avec les communautés, des sessions de pêche à pied, des visites de récifs et des plongées ont rythmé cette semaine d’échange.

L’équipe Dahari a également pu échanger avec les acteurs terrain de Blue Ventures notamment sur l’analyse participative mise en place dans deux villages ; un outil qui permet la participation des villageois et que Dahari va pouvoir appliquer pour perfectionner son intervention à Anjouan.

IMG_0827A Madagascar, le contexte est très différent et les initiatives pour la gestion marine sont bien plus avancées. Un comité pour la gestion marine existe et rassemble notamment 24 villages. C’est là la grande différence avec les Comores puisque, même si certains villages d’Anjouan se sont déjà regroupés, il n’existe pas de réel comité pour homogénéiser les règles et stabiliser l’activité marine.

A Andavadoaka par exemple – et plus particulièrement dans la région de Velondriake – les communautés ont créé un comité “dina” en vue de faire appliquer des règles efficaces applicables localement : interdiction des pratiques abusives et destructrices, protection des espèces en voie de disparition, désignation des zones marines prioritaires pour la protection, etc.

Traditionnellement, les dina sont des normes sociales ou codes de conduite qui régissent les relations au sein des ou entre communautés. Ce sont des règles volontaires, élaborées et appliquées par la communauté elle-même, qui prennent normalement la forme d’une tradition orale. Ces dina sont légitimes au niveau local car ils émanent de la population locale et sont donc généralement respectés.

Divisés en sous-comité (un pour chaque village), les membres se réunissent ponctuellement pour parler des réussites et/ou des difficultés. Dans cette région, le non-respect des règles en zone protégée est d’ailleurs puni par une amende fixée par le dina.

IMG_0853A Tampolove, Dahari et les pêcheurs ont assisté à une présentation organisée par le responsable de l’aquaculture afin d’expliquer l’élevage de concombre de mer. Il s’agit ici d’une activité génératrice de revenus qui dure de 8 à 10 mois ; nécessitant beaucoup d’efforts dans la pratique, les familles engagées dans cette voix font aussi de la culture d’algues, activité plus simple qui a l’avantage de générer rapidement un revenu complémentaire. Chaque famille possède sa propre parcelle mais ici encore la solidarité prime car elles s’organisent ensemble pour les travaux comme le nettoyage et la surveillance des enclos.

Après ce programme intensif où beaucoup d’informations ont été échangées, les pêcheurs et l’équipe Dahari sont rentrés à Anjouan dans le but de parler de ces pratiques aux autres pêcheurs, de rendre compte des possibilités futures pour Anjouan et de faire avancer la gestion marine notamment via la constitution d’un comité villageois. Les pêcheurs ont remercié Blue Ventures et Dahari pour l’opportunité unique dont ils ont pu profiter ; le travail de restitution doit être maintenant correctement pensé pour que cette visite soit bénéfique et puisse servir au contexte comorien.

Merci au Critical Ecosystem Partnership Fund pour son soutien à notre programme de gestion marine !

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