Initiative Développement & Dahari : réduire la pression sur le bois énergie

Depuis quelques mois, Dahari et l’ONG Internationale Initiative Développement ont débuté un partenariat sur les questions d’énergie et plus particulièrement sur le bois.

L’ONG Initiative Développement intervient depuis maintenant 20 ans aux Comores pour répondre aux besoins essentiels des populations de base. Aujourd’hui, nous avons rencontré Anne Calvel, Directrice pays – Initiative Développement aux Comores, pour comprendre ce partenariat et dans quel contexte il intervient. 

 

 

 

Commençons par donner un peu d’éléments contextuels ; depuis quand et comment est né le partenariat entre les deux ONG ?

On le sait, les îles des Comores sont fortement impactées par le déboisement en lien avec les activités humaines. Nous avons donc développé deux projets énergie qui visent à réduire la pression sur le bois énergie.

Dès le départ, nous avons voulu travailler avec une ONG locale pour porter ces projets puisque cela fait partie de la philosophie d’ID : soutenir et appuyer les organisations sur place. Sur cette base, nous nous sommes vite rendu compte que Dahari avait fait ses preuves et nous sommes donc entrés en contact avec l’équipe pour imaginer ce que pourraient être les bases d’un projet commun.

Nous avons d’abord développé un petit partenariat pour le projet FCE qui consistait à demander un appui à Dahari. L’objectif ici était d’évaluer ensemble les besoins des femmes par rapport à ce type d’équipement : les cuiseurs économes.

Dahari connaissant bien le contexte comorien et les réalités du terrain et des communautés, il nous a paru évident d’amorcer ce travail avec eux. Nous avons pu ainsi récupérer de précieux inputs sur les besoins des femmes en terme d’énergie domestique pour concevoir un foyer amélioré qui soit adapté à leurs habitudes.

Cette première approche ayant été une réussite, nous avons décidé d’envisager les choses plus en grand avec un partenariat sur le programme FYDAFE (Filière Ylang-Ylang -Distillation à cuiseur économe).

Ici, nous visons à travailler de manière rapprochée avec l’équipe de Gestion des Ressources Naturelles, dirigée chez Dahari par le Coordinateur Stratégique Misbahou, pour réduire la pression sur le bois énergie, autant sur l’offre que sur la demandeAux Comores, s’il y a bien une activité qui pose problème sur ce plan là c’est la distillation puisqu’on estime que sur un foyer traditionnel, il faut environ une tonne de bois pour obtenir entre trois et quatre kilos d’huile essentielle.

Quels sont les objectifs d’un tel projet et comment se matérialise le partenariat ?

La première phase du programme a d’abord été de réduire la demande en bois en proposant des équipements d’efficacité énergétique aux distillateurs. Le volet étant bien en place, il faut maintenant travailler l’offre et ainsi augmenter l’offre en bois via une stratégie de reboisement.

C’est là qu’intervient toute l’expertise Dahari puisque l’ONG a déjà mis en place des campagnes de reboisement pilotes depuis 2009, et des campagnes consolidées à Adda, Outsa et Ouzini depuis 2015.

Aujourd’hui, nous en sommes à la phase exploratoire c’est-à-dire celle qui consiste à échanger sur nos pratiques respectives et à faire le lien pour, à terme, concevoir un plan d’approvisionnement en bois destiné à la distillation.

Cette phase se concrétise également par des visites de terrain pour aller à la rencontre des producteurs de fleurs et des distillateurs et enquêter afin de savoir s’ils seraient intéressés ou non à participer à un programme de reboisement. En plus de savoir s’ils sont partants, les enquêtes nous permettent de recenser un certain nombre d’informations utiles : comprendre comment ils s’approvisionnent, quelles sont les espèces d’arbres utilisées, quel est l’impact environnemental et le coût associé.

Initiative Développement

 

Qu’est-il ressorti de ces enquêtes et de ces visites sur le terrain ?

La principale question aujourd’hui est de savoir quelle approche choisir ; est-ce-que nous devons aller vers une approche « parc à bois » où des espèces à croissance rapide seraient plantées sur du foncier bien délimité ou est-ce qu’il faut plutôt partir vers une approche plus holistique, en agroforesterie.

Concernant les distillateurs et acteurs de cette filière de rente, il est apparu que la majorité comprenait les enjeux sur le bois et avait la volonté d’adhérer à un dispositif pour économiser la ressource – preuve en est qu’Initiative Développement a déjà distribué 35 cuiseurs économes à des distillateurs. Ils sont au fait des risques : non disponibilité de la ressource, augmentation du prix du bois, dispositifs légaux qui pourraient handicaper leur activité et donc ouverts à un programme de reboisement pour réduire les menaces qui pèsent sur leur filière.

Rappelons que 60% des exportations mondiales d’huiles essentielles viennent des Comores. C’est une filière de rente qui rapporte et qui est très importante pour les agriculteurs qui ont, grâce à cette activité, un revenu complémentaire non négligeable.

Quelles sont les prochaines étapes ?

Pour le moment nous continuons la phase exploratoire ; les détails sur l’approche et la mise en place de la campagne de reboisement ne sont pas fixés. Il convient de prendre tout le temps nécessaire pour qu’aucune étape ne soit ignorée et surtout pour que les principaux intéressés soient concertés et impliqués.

Nous avons bien sûr des idées pour la suite mais nous pensons qu’il faut poser les choses et y aller petit à petit tant le contexte est complexe. A terme, nous aimerions avoir des parcelles expérimentales et tester les deux approches dont nous avons parlé puis déployer un plan de reboisement à plus large échelle.

Il y a quelques semaines, nous avons lancé un appel pour recruter un expert technique sur ce programme ; c’est là tout l’enjeu du démarrage du projet et c’est avec son arrivée que les choses vont se déclencher.

Initiative Développement

 

Quelles sont les difficultés que vous avez pu identifier pendant les visites et enquêtes ?

D’après moi, il va y avoir trois gros enjeux. Le premier va concerner le foncier puisqu’il y a une telle pression à Anjouan. Disons que la plantation d’arbres peut ne pas être forcément prioritaire versus l’agriculture ou les cultures de rente. Planter un arbre c’est faire un pari sur l’avenir alors que le présent est déjà parfois difficile.

Le deuxième enjeu va bien évidemment être de convaincre les bénéficiaires et de les responsabiliser. Et enfin, le troisième et dernier enjeu est de faire dialoguer les différents acteurs de la filière ylang-ylang (les distillateurs et également les producteurs de fleurs et de bois) et de les faire travailler ensemble sur une approche intégrée de la filière depuis la production du bois jusqu’à la production des huiles.

Qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter pour 2017 ?

Nous avons une année pour travailler le plan d’action et commencer la mise en place des pépinières ; nous aimerions être prêts à planter en décembre 2017 ; ça serait une belle manière de commencer l’année.

Souhaitez-nous d’avancer selon le calendrier de départ – et sans trop de retard – pour pouvoir amorcer les transformations nécessaires. De notre côté, on met un point d’honneur à mettre toute notre énergie dans la conduite de ce beau projet et ce nouveau volet pour Dahari.  On sera certainement en mesure de publier un bilan intermédiaire d’ici le premier trimestre 2017 pour d’ores et déjà faire le point des mois passés et voir si des réajustements sont à prévoir.

Je tiens également à rajouter que ce que j’apprécie particulièrement avec l’ONG Dahari c’est leur forte implication sur le terrain notamment auprès des communautés et leur professionnalisme. C’est donc une relation partenariale particulièrement enrichissante pour tous car nous apprenons mutuellement de nos échanges. Je nous souhaite de pouvoir continuer à faire mentir le vielle adage « Shirika umani » et de renforcer les liens entre nos différentes organisations.

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