La roussette de Livingstone: une priorité pour la conservation

Assistante technique en écologie et conservation chez Dahari, Ihsane Lahlou nous présente le travail de l’équipe écologie concernant la conservation de la roussette de Livingstone tout en nous révélant des informations sur cette espèce de chauve-souris.

Ihsane, tu es arrivée dans l’équipe en août 2014 pour relancer les activités écologiques après une pause de plus d’un an. Quelles ont été tes premiers travaux ?

À partir d’Aout 2014, l’équipe écologie de l’ONG Dahari a choisi de concentrer son travail de conservation autour de la roussette de Livingstone. C’est l’une des espèces emblématiques des Comores les plus menacées. On la rencontre uniquement sur les îles d’Anjouan et de Mohéli.

Roussettes de Livingstone

Roussettes de Livingstone

Pour mener ce travail de conservation, nous nous sommes appuyés sur les études menées par le projet ECDD de 2011 à 2013. Elles avaient pour but de répertorier les sites-dortoirs de Pteropus livingstonii et de mieux connaitre son écologie et son comportement. Le travail d’ECDD a permis de collecter des données essentielles, notamment la meilleure période du jour pour le comptage des colonies qui correspond au laps de temps où les roussettes sont les moins actives, à savoir de 7h à 10h du matin. Les études ont également identifié les périodes idéales durant les deux saisons où les colonies sont les plus denses : de décembre à janvier et de juin à juillet. Nos techniciens Ishiaka Saïd, Daniel Mohamed Salim et Amélaid Houmadi ont participé à ces études qui n’étaient pas de tout repos.

De décembre 2014 à Février 2015, notre équipe a repris le suivi de ces roussettes ce qui permettra, d’année en année, d’enrichir nos connaissances sur l’espèce pour mieux la sauvegarder.

Qu’est-ce que vous avez déjà appris sur les roussettes de Livingstone ?

Un des arbres adultes victime du glissement de terrai de Limbi

Un des arbres adultes victime du glissement de terrai de Limbi

De par son écologie et son comportement, la roussette de Livingstone est très sélective concernant son habitat. Elle préfère les zones montagneuses dont les pentes sont très raides. Ceci favorise les courants aériens ascendants, c’est donc idéal pour son envol. Elle aime également les zones qui sont munies de points d’eau qui maintiennent l’humidité ambiante.

La roussette de Livingstone sélectionne comme arbres-dortoirs des espèces endémiques ou natives où les colonies sont généralement à vingt mètres de haut. Des arbres de cette envergure dans ce type d’environnement sont de plus en plus rares. Les risques de glissements de terrain sont importants à cause de la déforestation et l’expansion des terres agricoles. Ces derniers mois, nous avons constaté dans plus de deux sites des glissements de terrains et des éboulements qui ont entraîné des chutes conséquentes d’arbres à une vingtaine de mètres des arbres-dortoirs.

Heureusement, les arbres dortoirs ont été épargnés. Le risque est donc bien réel, d’autant plus que l’île d’Anjouan ne compte que 15 sites-dortoirs au total, tous situés dans des zones à haut risque de glissement de terrain. Depuis l’an 2000, quatre sites-dortoirs ont disparu à cause de glissements de terrains. Ce chiffre est relativement élevé étant donné le nombre total des sites-dortoirs qu’abrite l’île.

Et que fait la roussette quand elle quitte son arbre dortoir ?

Ishiaka et Amélaide en train d'effectuer des relevés de terrain

Ishiaka et Amélaid en train d’effectuer des relevés de terrain

En quittant son arbre-dortoir, la roussette de Livingstone rejoint les zones de nourrissage. Ces dernières sont toujours méconnues car très souvent situées dans des zones inaccessibles, où les rares vestiges des forêts naturelles d’Anjouan subsistent. Il est possible que la roussette de Livingstone dépende des arbres endémiques et natifs pour son alimentation. Elle a tendance à éviter les zones urbaines et n’a jamais été vue en train de se nourrir dans des plantations d’arbres fruitiers.

Il arrive également que les roussettes changent de dortoir, c’est surtout le cas des juvéniles en cas de conflit avec les mâles adultes.

Et qu’allez-vous faire pour protéger ces roussettes ?

Sur la base des connaissances que l’on a pu collecter sur l’espèce à l’état naturel, nous avons entamé depuis Août 2014 un projet de conservation participative qui vise à sauvegarder l’espèce en préservant son habitat et ses sites-dortoirs. Ce programme de conservation est lié au projet de reforestation sur lequel travaille également l’ONG Dahari. A ce stade, notre équipe écologie a pu collecter sur le terrain les données sur l’habitat nécessaires pour ce projet, notamment la part des zones naturelles, de l’agriculture et l’intensification de celle-ci, ainsi que des relevés de végétation.

Ihsane et Issiaka en réunion avec un agriculteur

Ihsane et Issiaka en réunion avec un agriculteur

L’étape suivante consiste à travailler avec les communautés locales pour trouver des solutions permettant la cohabitation de l’Homme et de la roussette de Livingstone sans que les besoins de l’un n’entravent ceux de l’autre.

 

Ces projets ont pu voir le jour grâce au soutien de nos bailleurs : Les Fondations Mohamed Bin Zayed Species Conservation Fund, Prince Bernhard Nature Fund et The Rufford Foundation. Merci également à nos partenaires : Bristol Zoological Society, Durrell et le CEFODE.

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